La mystérieuse exécution de la Muette jugée aux assises
Hakim J., déjà condamné pour tentative de meurtre, en 2016, revient pour répondre d’assassinat en récidive, pour un crime en 2020.
Par Frédéric Naizot
Le Mercredi 20 septembre 2023
Source : https://www.leparisien.fr/
NEUF BALLES et zéro chance de s’en sortir.
Trois ans et demi après les faits, la cour d’assises du Val d’Oise se penche depuis ce mardi sur l’assassinat d’Alsény, abattu dans sa Twingo, au cœur du quartier de la Muette, à Garges-lès-Gonesse, le 27 janvier 2020. L’accusé Hakim J., 29 ans, originaire lui aussi de Garges, conteste toute implication dans cette exécution qui reste à ce jour inexpliquée. La rumeur parle de stupéfiants, l’enquête évoque l’hypothèse d’un crime commandité, la défense décrit la victime comme une « balance ». Il est aussi question des conflits entre les quartiers de la Muette et des Doucettes.
Des témoignages sous X par crainte de représailles.
Il n’est pas certain que le procès puisse faire la lumière sur les raisons de cet assassinat au vu du climat d’omerta qui règne dans une ville qui a vu les homicides et les tentatives d’homicide se multiplier au fil des ans. Ce jour-là, rue Laennec, peu après 19 heures, la victime stationne en pleine voie, un homme s’approche et se penche à la fenêtre côté passager, engage une discussion avec le conducteur. Elle dure une trentaine de secondes. Le piéton, grand et corpulent, vêtu d’une doudoune noire, sort une arme de poing.
Le signe de l’omerta qui règne dans la commune est évident, car le nom du tireur présumé n’est sorti que grâce aux témoignages sous X, des personnes présentes dans le secteur au moment des faits qui n’ont accepté de parler qu’avec la certitude de conserver l’anonymat « par crainte des représailles ». Deux d’entre elles désignent Hakim et parlent d’un possible règlement de compte sur fond de trafic de stup. Selon elles, Hakim n’aurait pas été livré par la victime et le recherchait depuis deux semaines. C’est aussi un informateur anonyme qui permettra à la police judiciaire d’interpeller Hakim en juin 2020 au péage d’Ablis (Yvelines) alors qu’il se rendait en région. Depuis, ce gaillard de 1,97 m nie toute implication dans l’assassinat. Il admet connaître la victime et savoir qu’elle avait des ennuis mais assure qu’il se trouvait alors au Mans (Sarthe). Un alibi qui vole très vite en éclat : son père et sa mère confient en audition que leur fils était présent chez eux à la Muette jusqu’à 19 heures. Il était parti en assurant qu’il reviendrait dans les 10 minutes. Ils ne l’ont jamais revu.
Hakim J. comparaît pour assassinat en récidive. En 2016, il avait été condamné à quatre ans de prison par la cour d’assises du Val-d’Oise pour complicité de tentative de meurtre. Il avait accompagné un homme qui avait ouvert le feu sur deux frères à Garges. La cour l’avait également interdit de séjour à Garges pendant trois ans à compter de sa sortie de prison, ce qu’il n’a pas respecté. Il s’était aussi armé d’un revolver Smith et Wesson 45.
L’accusé présente aussi un casier judiciaire alignant 14 mentions.
Il a passé au total 7 ans de sa vie derrière les barreaux. « Si j’avais pu revenir en arrière il y a plein de choix que je n’aurais pas faits », concède-t-il à l’audience, en revenant sur ses fréquentations du quartier et son caractère influençable. La victime était elle aussi bien connue de la justice. Alsény était impliqué dans le trafic de stup et aurait dû être jugé au moment des faits. Il était partie prenante dans une série de règlements de comptes en 2014 et en 2015, comme tireur et comme cible. « Il n’était pas un saint. Pour autant, est-ce que cela vaut d’être exécuté dans sa voiture ? » demande l’avocate de la partie civile, Me Sandy Corler.
Tous ces éléments augmentent le nombre d’hypothèses qui peuvent être formulées au sujet du mobile de l’exécution. Sans compter les interrogations de la défense. Me Cohen-Sabban évoque « une mini piste qui va tout de suite s’arrêter », celle d’un autre Hakim qui pourrait être impliqué. « Je n’ai vu aucune investigation sur lui », souligne l’avocat qui se demande aussi, au sujet d’Alsény : « On ne sait pas s’il allait à un rendez-vous ou s’il allait faire quelque chose… » Le procès va tenter de percer le mystère, notamment en entendant les trois témoins sous X ce mercredi après-midi.







