Garges : Hakim J. condamné à 26 ans de réclusion pour l’assassinat d’Alsény, dans le quartier de la Muette
L’accusé, 29 ans, a été déclaré coupable d’assassinat en récidive ce vendredi par la cour d’assises du Val-d’Oise qui a estimé qu’il était bien le tireur qui a abattu un homme dans sa voiture, le 27 janvier 2020. Sa peine a été assortie d’une période de sûreté des deux tiers. Il a pris à partie la présidente en assurant qu’il ferait appel de la décision.
« Bien sûr que je vais faire appel ! Vingt-six ans… Je n’ai rien fait du tout ! » Hakim J., 29 ans clame à nouveau son innocence alors que la cour d’assises du Val-d’Oise vient de le déclarer, ce vendredi, coupable d’assassinat en récidive, le condamnant à 26 ans de réclusion criminelle. Une peine assortie d’une période de sûreté des deux tiers. La cour a également prononcé à son encontre une interdiction définitive du territoire français.
Il apostrophe alors directement la présidente de la cour d’assises, Magali Tabareau : « Vous me mettez vingt-six ans avec des dépositions anonymes ? C’est quoi ça ! Mettez-moi trente ans, trente-cinq ans, cinquante ans, ce que vous voulez ! » Une réaction qui a provoqué de la tension dans la salle : « Il faut assumer frérot ! » lui lance un membre de la famille de la victime avant que celle-ci ne quitte la salle d’audience pour éviter tout débordement.
Quelques instants plus tard, la tante d’Alsény, la victime, qui l’a élevé, est prise d’un malaise dans la salle des pas perdus. « C’est le choc de la décision. C’est un soulagement pour la famille qui attend cela depuis plus de trois ans », confie l’avocate de la partie civile Me Sandy Corler. Du côté de la défense, Me Jérémy Benhamou confirme un probable appel de la décision.
Après quatre jours d’audience, la cour d’assises a estimé qu’Hakim J. était bien le tireur qui, le 27 janvier 2020 , vers 19h15, a abattu de 9 ou 10 balles tirées à bout portant Alsény, dans sa Twingo à Garges (Val-d’Oise), dans le quartier de la Muette. Elle a aussi estimé que son geste était bien prémédité, en constatant qu’il se trouvait en état de récidive légale au moment des faits pour avoir été condamné en 2016 à quatre ans de prison pour complicité de tentative de meurtre.
« Il n’y a pas de complot, il y a juste des éléments accablants »
Depuis son arrestation, cinq mois après les faits, Hakim, désigné par plusieurs témoins, a toujours contesté son implication, expliquant être la victime de personnes qui cherchaient à lui nuire. « Il n’y a pas de complot, il y a juste des éléments accablants », avait souligné lors de son réquisitoire ce vendredi matin l’avocate générale qui a requis à son encontre trente ans de réclusion criminelle assortis d’une peine de sûreté des deux tiers. « J’ai l’impression d’être devant quelqu’un ancré dans une délinquance violente qui s’auto-alimente en permanence, a-t-elle ajouté. Il n’y a pas de remise en question. Il est étanche à cela. »
Elle a rappelé le parcours judiciaire de l’accusé : « Faisons le constat d’échec. On l’a vu 14 fois devant les tribunaux. On a prononcé du sursis simple, de la mise en l’épreuve, des peines fermes… Rien ne l’a empêché de comparaître à nouveau. Il arrêtera quand il aura décidé. » Elle a aussi écarté le fatalisme qui serait lié à une certaine violence endémique dans la ville. « Les conditions de vie à Garges-lès-Gonesse, nous sommes tous d’accord pour dire que c’est difficile, que cela demande sans doute plus d’efforts qu’ailleurs pour réussir. Mais certains y parviennent. Dans sa fratrie, où ils ont reçu la même éducation, il est le seul à suivre ce chemin. Il a fait des choix. Personne ne l’a obligé. »
« Dites-leur que la loi de la République vaut plus que la loi du silence »
L’avocate générale s’adresse alors aux jurés : « Vous avez le droit de ne pas avoir de compassion pour la victime. Je vous demande d’avoir de la compassion pour les gens qui vivent à Garges-lès-Gonesse. Dites-leur, dans cette enceinte, que la loi de la République prévaut sur la loi du Talion, que la loi de la République vaut plus que la loi du silence. Envoyez le bon message à ceux qui commettent et subissent les faits. Un jour, les balles qu’ils s’échangent ne viendront pas terminer leur course dans un plafond mais dans le corps d’un piéton. » « Nous sommes évidemment d’accord qu’il faut arrêter ce fléau de Garges, a plaidé la défense. Nous ne sommes pas les ennemis de la justice, du parquet, des victimes. Mais nous sommes le dernier des remparts quand on veut condamner sur des rumeurs, a souligné Me Jérémy Benhamou, plaidant l’acquittement. Dans tous les procès, on a besoin d’un élément matériel. On ne peut pas se fier uniquement à des témoignages. La rumeur est partout. Même les témoignages directs sont gangrenés par la rumeur. »
« Sans ces témoignages sous X, il n’y a pas d’affaire, pas de dossier, rien ! »
La défense a attaqué les deux témoignages sous X recueillis par les enquêteurs qui désignent Hakim comme le tireur, rappelant qu’ils ne peuvent pas être, selon la loi, les seules charges à l’encontre de l’accusé. « Un des témoins sous X dit ne pas avoir vu le visage puis, en visio, assure qu’il l’a vu. Il est du quartier puis il ne l’est plus. Quand on a recours aux témoignages sous X on ne peut pas se permettre tant d’incohérences. »
« Sans ces témoignages sous X, il n’y a pas d’affaire, pas de dossier, rien ! », a renchéri Me Joseph Cohen-Sabban, estimant que rien ne permet d’établir non plus la préméditation. Selon lui, « il y avait des pistes à creuser » qui ne l’ont pas été au cours de l’enquête, et il insiste sur l’absence d’explication à ce geste : « Est-ce qu’on a un mobile ? Non, des rumeurs. »







