« Il aurait tout perdu au jeu » : le président d’un club de foot du Val-d’Oise accusé d’avoir détourné 232 000 euros
EAUBONNE — Il doit comparaître mardi devant le tribunal de Pontoise, aux côtés de son ex-conjointe, suite à des plaintes d’un dirigeant du CSM et de la mairie. Le club a été suspendu et devrait disparaître.
L’ex-président du club de foot aurait détourné 232 000 €
Thibault Chaffotte
« Il n’y a plus de championnat, plus rien », se désespère Anis, 13 ans. Ce jeune joueur de foot du Club sportif municipal d’Eaubonne (CSME) voit tout s’écrouler. Toutes les équipes du club, du U13 à vétérans, ont été suspendues de compétition en février.
« Ça nous a gâché notre saison, confie Yassine, 13 ans aussi. On était premier de notre division et juste avant qu’on enlève les points, on allait jouer un match décisif contre le deuxième. »
Cette décision a été prise alors que le club devait 97 000 € à la ligue et 54 000 € au district.
C’est le résultat d’un possible détournement de fonds de 232 000 € pour lequel sera jugé mardi un ancien président du club et son ex-conjointe.
Christophe L. est poursuivi devant le tribunal correctionnel de Pontoise pour abus de confiance, blanchiment, faux et escroquerie, alors que Céline G. est soupçonnée de recel d’abus de confiance.
L’un et l’autre n’ont pas répondu à nos sollicitations.
En février 2023, la dette était à zéro
Les premiers soupçons remontent à la saison passée. Rachid Nokri, actuel président du club, avait alors accepté de prendre la tête du club après Christophe L. comme trésorier et sa compagne Céline G., secrétaire.
« Le deal, c’était qu’eux s’occupaient de la partie administrative et moi des relations avec les parents, des bénévoles et de la vie du club. Je n’avais rien à voir avec les finances », souligne-t-il.
La première année se passe bien. « En février 2023, la dette était à zéro », précise-t-il.
Sur le gazon, les résultats sont là. « Les deux équipes seniors sont montées deux fois d’affilée. Ça ne s’était jamais vu dans le Val-d’Oise », ajoute-t-il.
Mais en octobre 2024, il croise le patron de l’équipementier sportif du club qui lui dit :
« J’ai rendez-vous avec Christophe. Il avait livré tous les équipements mais n’avait pas été payé. »
Rachid Nokri demande alors à son trésorier de mettre de l’ordre dans cette situation.
Le club devait 55 000 €.
Une deuxième alerte arrive en décembre 2024. Rachid Nokri découvre alors que l’équipementier n’a toujours pas été payé.
« Je lui ai dit : si tu n’arrêtes pas tes magouilles, dans un mois je démissionne », assure-t-il.
Un mois plus tard, il présente sa démission qu’il remet également au comité Revolut, au nom d’un ancien dirigeant.
Des virements suspects tous les mois
Rachid Nokri récupère tous les relevés de compte et les fait analyser.
Il découvre que Céline G. aurait reçu 500 € par mois sur un total de 100 000 €.
Christophe L. aurait justifié ces sommes au titre de « l’aide administrative » qu’elle apportait au club.
« Avec tous ces documents, j’ai déposé plainte en décembre 2025 », ajoute-t-il.
Une plainte qui permet la mise à jour de cette situation.
Une seconde plainte est déposée par la mairie.
L’enquête menée par le commissariat d’Ermont aboutit au placement en garde à vue des deux suspects fin mars.
Des salaires non versés aux entraîneurs
Rachid Nokri découvre aussi que les entraîneurs n’ont pas été payés.
« Je lui ai dit : si tu n’arrêtes pas tes magouilles… »
Le club se retrouve alors en difficulté.
Les entraîneurs ne sont plus payés.
Rachid Nokri insiste auprès de Christophe L., devenu président, mais la situation stagne.
« Ça commençait à péter dans les clubs », se souvient-il.
Christophe L. lui aurait alors promis qu’une entrée d’argent de 120 000 € était attendue en septembre et qu’elle permettrait de régler toutes les dettes.
Mais en octobre, Rachid Nokri apprend que l’équipementier n’a toujours pas été payé.
Il dépose plainte contre Christophe L.
« J’ai appris qu’il n’avait jamais remis ma démission », raconte-t-il.
« Il aurait tout perdu aux jeux. C’est triste à pleurer »
Une source proche du dossier affirme :
« Il aurait tout perdu aux jeux. C’est triste à pleurer. »
La mairie d’Eaubonne et les dirigeants évoquent une situation dramatique pour les familles.
Selon Sandy Corler, avocate du CSME football :
« Les coachs ont continué à entraîner les enfants sans être payés. La réputation du club est grillée, alors qu’il existait sous cette dénomination depuis 1961. »
Le club devrait disparaître à la fin de la saison.







