Meurtre de Garges : accablé par les témoignages aux assises, l’assassin présumé dénonce « un complot »
Interrogé sur les faits, Hakim J., l’assassin présumé d’Alsény, le 27 janvier 2020, dans le quartier de la Muette, a répété ce jeudi devant la cour d’assises du Val-d’Oise qu’il était totalement étranger aux faits, affirmant que sa famille est « menacée ».
Par Frédéric Naizot
Le 21 septembre 2023
Source : https://www.leparisien.fr /
Il nie depuis toujours avoir abattu Alsény, un homme de 31 ans, tué de 9 ou 10 balles dans sa Twingo, au cœur du quartier de la Muette, à Garges (Val-d’Oise), en janvier 2020. Hakim J., 29 ans, n’a pas varié sa version ce jeudi devant la cour d’assises du Val-d’Oise lors de son interrogatoire sur les faits. « Je n’ai rien à voir avec cette histoire », a une nouvelle fois clamé celui qui est jugé pour récidive d’assassinat depuis mardi, pour avoir été déjà condamné en 2016 pour tentative de meurtre. Pourtant, depuis l’ouverture de son procès, les charges se sont accumulées contre lui. Mercredi, trois témoins sous X ont déposé anonymement, par crainte des représailles. Deux d’entre eux ont à nouveau désigné formellement Hakim comme le tireur, « à 100 % » pour l’un d’eux, le troisième confirmant les propos d’un habitant qui, quelques minutes après les tirs, sur la place Mandela, lui donnait le nom du tireur, Hakim, et de la victime, « Kiki », le surnom d’Alsény. Des témoins qui confirment les éléments recueillis par les enquêteurs de la police judiciaire, notamment la déposition de l’automobiliste qui se trouvait juste derrière la Twingo de la victime et qui était au premier rang de la scène.
« On cherche à me nuire, à me faire porter le chapeau »
« C’est ça qui est un peu bizarre. Tout le monde est très précis contre moi. Tout est contre moi, faut arrêter, ce n’est pas moi », a réagi l’accusé face à l’accumulation des charges ce jeudi après-midi, dénonçant une enquête menée selon lui uniquement à charge. « Les témoins, c’est un complot. Je ne sais pas d’où ça vient, on cherche à me nuire, à me faire porter le chapeau. Je n’ai vraiment rien à voir dans cette histoire. » Sa seule explication : « Il y a des gens qui m’en veulent et qui m’ont menacé. Je ne peux pas vous dire qui, des gens du quartier, d’un clan, il y a des rivalités pour du stupéfiant… Ma famille est menacée. » Parmi les charges qui pèsent contre l‘accusé, figurent aussi les déclarations de ses propres parents. Son père comme sa mère, lors de deux dépositions précises, assurent qu’il était bien présent chez eux le dimanche et le lundi des faits, qu’il est parti à 19 heures pour dix minutes et qu’ils ne l’ont pas revu. Hakim avait, lui, affirmé se trouver au Mans (Sarthe), sans beaucoup de précision de son côté. « Mes parents font une erreur », assure-t-il toutefois à la cour, ce jeudi. Plus tôt, son père, à la barre, a essayé de ne pas l’incriminer mais a fini par confirmer les propos tenus dans son audition. « Il est téléguidé, madame », assure le père à l’adresse de la présidente de la cour d’assises. « Dans les quartiers, c’est plus fort que dans toutes les familles. On l’oblige », dit-il, ajoutant qu’il ne peut pas parler : « Il sait ce qui va se passer après… » La cour d’assises est revenue également sur son compte Facebook alimenté notamment depuis la prison entre 2014 et 2018. Compte où il multiplie les messages agressifs, en phase avec la photo d’Al Pacino dans « Scarface » en tête de son compte. « Mon Glock te mettra à genoux , ou encore « ceux qui poukaves ne sont pas faits pour ce métier MDR »… « On a le sentiment que vous voulez vous imposer par la force… », constate la présidente. « Je ne menace personne, ce sont des phrases de rappeur », répond-il.
La famille de la victime veut « juste comprendre »
Du côté des parties civiles, on ne se faisait guère d’illusion sur la volonté de l’accusé de reconnaître son geste, de présenter une explication. Me Sandy Corler, qui assiste la famille d’Alsény, a souligné devant la cour combien celle-ci « voulait juste savoir, comprendre, voulait juste des mots et n’aura rien ». Parlant aussi d’une mère « qui a voulu le ramener en Guinée pour qu’il échappe au quartier » et qui « a ramené un corps criblé de balles entre quatre planches ». « Une mère sans haine, qui a trouvé la paix auprès de Dieu et des siens. » L’avocate n’élude pas le passé de la victime. « Cet homme n’était pas un saint. Peut-être un trafiquant. Il avait réglé ses dettes avec la justice. Quelles que soient les erreurs, les mauvais choix d’Alsény, personne n’avait le droit d’ôter la vie à ce fils. La loi de la jungle n’a pas sa place à Garges. » Le procès se poursuit ce vendredi avec les réquisitions du ministère public suivies par les plaidoiries de la défense, le verdict est attendu dans la journée.







