Quand la drogue arrive par colis : le trafic par voie postale explose
Les trafiquants privilégient l’envoi de colis pour acheminer leur marchandise, à commencer par la cocaïne, en métropole. L’Office anti-stupéfiants (Ofast) lutte contre cette nouvelle tendance.
Sur l’immense tarmac de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle ce 18 août, une grosse vingtaine d’enquêteurs de la gendarmerie des transports aériens sont aux aguets. Une semaine plus tôt, les policiers de l’Office anti-stupéfiants (Ofast) ont appris qu’un important colis de cocaïne en provenance de Colombie, acheminé par un transporteur ayant pignon sur rue, est attendu à Paris.
Selon les informations de l’Ofast, le colis doit être récupéré et sorti de l’aéroport par un salarié de cette entreprise. Une planque est mise en place à proximité du parking de l’avion, choisi par les enquêteurs. Plusieurs équipes s’affairent auprès de l’appareil : les palettes de colis sont déchargées, puis transportées sur une plate-forme de stockage avant d’être vidées. Le paquet suspect est suivi à la trace. Alors qu’il sort de l’aéroport, l’homme identifié par l’Ofast est interpellé. Dans son colis, 52 kg de cocaïne colombienne. Cet homme « au profil intéressant » a été mis en examen par un juge de la juridiction interrégionale spécialisée de Paris, et placé en détention provisoire.
Cette saisie d’ampleur confirme la nouvelle tendance d’approvisionnement de la drogue par voie postale et messagerie express. Cocaïne, cannabis, drogues de synthèse… les trafiquants rivalisent d’ingéniosité pour déjouer les contrôles. « Depuis quatre ou cinq ans, on assiste à l’émergence du commerce en ligne, et forcément les trafiquants s’adaptent à l’évolution de l’économie en utilisant les mêmes vecteurs pour acheminer la drogue sur la scène internationale et en France », observe le magistrat Samuel Vuelta-Simon, n° 2 de l’Ofast. Le phénomène serait apparu vers 2014, mais se serait accéléré durant le confinement, avec le verrouillage du réseau routier et aérien.
Des approvisionnements de cocaïne par fret postal ou messagerie ont notamment été identifiés en provenance des Antilles et de la Guyane. En août, à l’aéroport d’Orly, les Douanes ont intercepté un colis de 5,5 kg de cocaïne venue de Martinique. Dans la foulée, deux hommes ont été interpellés par l’Ofast qui a repris l’affaire.
Dès 2018, l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS) avait aussi lancé une enquête qui a permis ces derniers mois la mise hors d’état de nuire de trafiquants de cocaïne spécialisés dans les colis de fret express entre les Antilles et la métropole. Quatre personnes chargées de récupérer les colis dans les aéroports ont été interpellées.
Des réseaux utilisant la messagerie express ont également été identifiés pour acheminer le khat, cette plante euphorisante cultivée en Afrique. Enfin des membres de la mafia chinoise se sont spécialisés dans l’expédition par fret postal de drogues chimiques conçues en Asie, mais aussi d’herbe cultivée en Espagne. « La marchandise est expédiée dans des sacs étanches mais sous vide pour faire disparaître les odeurs » relève un agent.
La poste et les sociétés de messagerie impuissantes
L’an passé, la douane, qui procède au contrôle du fret postal et de messagerie, a saisi 625 kg de cannabis et 340 kg cocaïne, expédiés dans de simples lettres ou de petits colis. Des chiffres que les autorités évaluent en hausse, compte tenu des difficultés de circulation classique lors de la crise sanitaire. Surtout, face au flux immense de colis, la poste ou les sociétés de messagerie express, qui ne disposent que rarement de scanners sophistiqués, se trouvent souvent impuissantes pour repérer les colis suspects qu’elles acheminent.
Et dans les centres de tri, les douaniers qui réalisent des prélèvements aléatoires ne peuvent pas tout contrôler. Ils se focalisent donc sur la régularité de la réception de colis ou sur certains pays à risques, particulièrement surveillés, mais peinent à endiguer totalement le phénomène.
«Travailler plus en amont»
Preuve de la sensibilité de la problématique, l’Union européenne a récemment conseillé aux pays membres « la mise en place d’équipement de détection de ces substances illicites ». Du côté de l’Ofast, des liens sont aussi tissés avec les transporteurs. Mais ça ne suffit pas toujours. Pour identifier les expéditeurs et ne pas se contenter d’attendre lettres et colis, l’Office vient d’ailleurs de créer une équipe dédiée au vecteur postal. « On doit changer notre manière d’opérer, indique Samuel Vuelta-Simon. Notre vœu est de travailler plus en amont, parfois à l’étranger, sur ces groupes criminels qui utilisent le courrier pour faire transiter la drogue. »
Car ce nouveau mode opératoire simple et accessible suscite beaucoup d’intérêt. « Énormément chez les petits trafiquants ou les réseaux intermédiaires qui peinent à expédier la drogue en Europe faute d’accès aux conteneurs maritimes, apanage des gros trafiquants, poursuit Samuel Vuelta-Simon. Lutter contre cette nouvelle manière d’exporter de la cocaïne devient donc une priorité pour éviter que ces réseaux de moindre ampleur ne profitent d’un simple courrier pour s’ouvrir de nouveaux marchés… »







